Alors
Almitra parla, disant, Nous
voudrions maintenant vous questionner
sur la Mort.
Et
il dit : Vous voudriez connaître
le secret de la mort. Mais comment
le trouverez-vous sinon en le
cherchant dans le cur
de la vie ?
La
chouette dont les yeux faits
pour la nuit sont aveugles au
jour ne peut dévoiler
le mystère de la lumière.
Si
vous voulez vraiment contempler
l'esprit de la mort, ouvrez
amplement votre cur au
corps de la vie. Car la vie
et la mort sont un, de même
que le fleuve et l'océan
sont un.
Dans
la profondeur de vos espoirs
et de vos désirs repose
votre silencieuse connaissance
de l'au-delà;
Et
tels des grains rêvant
sous la neige, votre cur
rêve au printemps.
Fiez-vous
aux rêves, car en eux
est cachée la porte de
l'éternité.
Votre
peur de la mort n'est que le
frisson du berger lorsqu'il
se tient devant le roi dont
la main va se poser sur lui
pour l'honorer.
Le
berger ne se réjouit-il
pas sous son tremblement, de
ce qu'il portera l'insigne du
roi ?
Pourtant
n'est-il pas plus conscient
de son tremblement ?
Car
qu'est-ce que mourir sinon se
tenir nu dans le vent et se
fondre dans le soleil?
Et
qu'est-ce que cesser de respirer,
sinon libérer le souffle
de ses marées inquiètes,
pour qu'il puisse s'élever
et se dilater et rechercher
Dieu sans
entraves ?
C'est
seulement lorsque vous boirez
à la rivière du
silence que vous chanterez vraiment.
Et
quand vous aurez atteint le
sommet de la montagne, vous
commencerez enfin à monter.
Et
lorsque la terre réclamera
vos membres, alors vous danserez
vraiment.
Source :
Khalil Gibran
"Le prophète"
Casterman, 1983.